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L’ultime recours face aux assassins sexuels
De la répression à la prévention (article mis en ligne le 2 août 2004)
11 mai 2011 par J.M. ARNOULD -
Rubrique:DROIT DES VICTIMES
Date de la premiere publication: 2 août 2004

Face aux pédocriminels et, en particulier, aux récidivistes en la matière, nous devons comprendre le désarroi de ceux qui, en toute bonne foi, prônent des solutions draconiennes, telles que la peine de mort, pour pallier les carences des systèmes policier, judiciaire et administratif. Comment ne rien éprouver face à des libérations d'assassins sexuels qui mettent l'intégrité physique et la vie de nos enfants en danger mortel et, dans de nombreux cas, entraînent effectivement de nouveaux assassinats d'enfants ?


Je suis convaincu qu'il ne faut pas voir nécessairement, dans le chef de ceux qui n'ont d'autre choix que de proposer l'alternative de l'extrême, un sentiment de vengeance -qui ne résoudrait rien-, mais l'unique souci de protéger la vie de nos enfants, valeur prioritaire et essentielle dans une société digne de ce nom. J'ai moi-même écrit, à plusieurs reprises, comme d'autres parmi nous, que le droit à l'intégrité physique et morale de l'enfant doit impérativement l'emporter, sans exception, sur des valeurs telles que la vie privée et la présomption d'innocence de ses bourreaux. En suivant ce raisonnement, l'on pourrait en conclure que la vie d'un enfant doit l'emporter, en tant que valeur fondamentale, sur celle de l'assassin d'enfant. Je pense que si certains droits fondamentaux peuvent être sacrifiés au profit de valeurs supérieures, il ne peut jamais être question de la vie humaine. Il s'agit d'une prise de position personnelle purement philosophique, qu'elle soit ou non inspirée par des conceptions religieuses. Je ne l'approfondirai pas ici sur ce plan. D'autre part, hors les cas d'euthanasie récemment réglementés en Belgique, légaliser la mort à des fins pénales est inacceptable dans une société qui, sur le plan de ses institutions, a les moyens, si elle le veut, de remédier autrement aux carences de son système. Une telle légalisation impliquerait en outre, dans notre pays, une remise en question des chartes internationales en matière de droits humains, certes encore perfectibles, mais indispensables face aux intégrismes renaissants. Il faut aussi rappeler qu'en Belgique, les dernières exécutions capitales furent des erreurs judiciaires, irréversibles en ce cas. Le seul moyen de répression dont nous pouvons disposer actuellement qui soit conforme aux législations tant nationale qu'internationale est la peine privative de liberté. A ma connaissance, la science ne permet pas encore, dans le domaine qui nous occupe ici, l'accès à des remèdes sur le plan curatif qui soient conformes à l'éthique médicale (concernant la castration chimique, il serait contraire à toute éthique de l'imposer). On en vient ainsi à la question de l'incarcération à vie, {"à fond de peine"}, non inscrite à ce jour dans notre législation. En ce qui me concerne, en théorie et dans l'absolu, j'opte davantage pour les solutions au cas par cas, plutôt que pour une généralisation de ce type de peine. Le cas Dutroux a mis en évidence les carences de notre système, ce qui pouvait justifier la perpétuité effective pour ce type de délinquant mettant en danger la vie de nos enfants. Je constate que les commissions de libération conditionnelle instaurées depuis ont pris en compte le dossier Dutroux et consorts dans les décisions qu'elles prennent. Mais pour combien de temps ? La question peut-elle d'autre part dépendre de la volonté d'un magistrat professionnel présidant de telles commissions et de quelques personnes qui l'entourent, a fortiori s'il n'existe aucun appel possible contre leurs décisions ? Le danger de mort auquel nos enfants demeurent exposés en cas de libération inconsidérée de tels criminels me paraît requérir l'instauration d'un cadenas à leur encontre, excluant toute forme de libération anticipée. Mais soyons conscients qu'il ne s'agit là que d'un pis-aller, car les questions de la peine et de la répression des crimes ne se posent que lorsque le mal est fait de manière irréversible, alors que les solutions à rechercher doivent se situer en amont et doivent revêtir un caractère préventif. Comme, dans un tout autre domaine, l'interruption volontaire de grossesse fut un pis-aller par rapport à la contraception préventive, la réclusion à perpétuité effective, pour les assassins sexuels, doit être l'ultime recours. Jean-Maurice ARNOULD {Source photo : [site prison.eu.org->http://prison.eu.org/article.php3?id_article=4128]}

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